Les jours fériés en restauration sont un sujet qui génère beaucoup de confusion. Contrairement à la plupart des secteurs où les 11 jours fériés légaux sont généralement chômés, le secteur HCR (Hôtels, Cafés, Restaurants) applique un régime spécifique défini par la convention collective du 30 avril 1997 et l’avenant n°6 du 15 décembre 2009. Seul le 1er Mai est obligatoirement chômé. Pour les 10 autres, tout dépend de l’ancienneté du salarié et du type d’établissement.
Bien comprendre les règles des jours fériés en restauration, c’est éviter les erreurs de paie, les litiges avec l’équipe et les mauvaises surprises en cas de contrôle.
Les 11 jours fériés légaux
En France, l’article L.3133-1 du Code du travail fixe 11 jours fériés : 1er janvier, lundi de Pâques, 1er Mai, 8 mai, Ascension, lundi de Pentecôte, 14 juillet, 15 août, 1er novembre, 11 novembre et 25 décembre.
En restauration, ces jours peuvent tous être travaillés — c’est une spécificité du secteur. Les restaurants, hôtels et cafés font partie des établissements autorisés à ouvrir les jours fériés en raison de la nature de leur activité. Mais cela ne signifie pas que les salariés n’ont aucun droit. La convention collective HCR a mis en place un système de jours fériés garantis qui protège les salariés en fonction de leur ancienneté.
La notion de jours fériés garantis en HCR
C’est la particularité la plus importante du secteur. La convention collective HCR distingue deux catégories :
Pour les salariés ayant moins d’1 an d’ancienneté : Aucun jour férié garanti en dehors du 1er Mai. Les 10 autres jours fériés sont travaillés et payés normalement, sans majoration ni repos compensateur.
Pour les salariés ayant 1 an d’ancienneté : Ils ont droit à 10 jours fériés par an, en plus du 1er Mai, dont 6 jours fériés garantis. Ces 6 jours garantis doivent impérativement être compensés, que le salarié travaille ou non ce jour-là :
- Si le jour férié garanti est chômé : le salaire est maintenu, pas de perte de rémunération.
- Si le jour férié garanti est travaillé : le salarié a droit à un jour de repos compensateur dans les 30 jours précédant ou suivant le jour férié.
- Si le jour férié garanti tombe sur un jour de repos : le salarié bénéficie quand même d’une compensation (repos ou indemnisation). C’est la grande différence avec les jours fériés ordinaires.
Les 4 jours fériés restants (non garantis) obéissent à des règles différentes : si le salarié travaille, il bénéficie d’un jour de compensation. Mais si le jour férié tombe sur un jour de repos, il est perdu — aucune compensation n’est due.
À partir de 2 ans d’ancienneté : les 10 jours fériés deviennent tous garantis, en plus du 1er Mai. Le salarié bénéficie donc de 11 jours fériés pleinement compensés.
Le 1er Mai : le seul jour férié légalement protégé
Le 1er Mai occupe une place à part dans le droit du travail français. C’est le seul jour férié obligatoirement chômé prévu par le Code du travail (article L.3133-4). En restauration, l’employeur peut toutefois faire travailler ses salariés le 1er Mai, mais à une condition stricte : la rémunération doit être doublée.
Concrètement, un salarié qui travaille le 1er Mai perçoit son salaire habituel plus une indemnité égale à 100 % de ce salaire. Il est payé double. Cette règle s’applique à tous les salariés, quelle que soit leur ancienneté.
Si le 1er Mai tombe un jour de fermeture habituelle de l’établissement ou un jour de repos du salarié, il n’y a aucune incidence sur la rémunération. Le salarié est payé normalement.
Pour les apprentis mineurs, une particularité existe : le secteur HCR fait partie des rares secteurs autorisés à les faire travailler un jour férié, mais avec une majoration égale au double du salaire de base journalier.
L’impact sur la paie et le planning
La gestion des jours fériés en restauration a un impact direct sur deux aspects :
La paie : le 1er Mai travaillé doit apparaître clairement sur le bulletin avec le doublement du salaire. Les jours fériés garantis travaillés génèrent des droits à repos compensateur qu’il faut suivre et solder. L’employeur doit tenir un décompte précis pour chaque salarié en fonction de son ancienneté. Pour en savoir plus sur les heures supplémentaires qui peuvent s’ajouter, consultez notre article sur les heures supplémentaires en restauration.
Le planning : les jours de repos compensateurs doivent être planifiés dans les 30 jours avant ou après le jour férié. Cela demande de l’anticipation, surtout en période de forte activité où plusieurs salariés peuvent avoir des droits à exercer simultanément. Un bon planning intègre ces contraintes dès le départ.
Établissements saisonniers : des règles adaptées
Les établissements saisonniers (ouverts 9 mois ou moins) et les salariés sous contrat saisonnier bénéficient d’un régime adapté. Le nombre de jours fériés est calculé au prorata de la durée du contrat, arrondi à l’entier supérieur.
À l’échéance du contrat saisonnier, l’employeur doit rémunérer les jours fériés garantis dont le salarié n’a pas bénéficié. C’est un point souvent oublié qui peut générer des rappels de salaire.
Anticiper les jours fériés dans son établissement
Pour éviter les erreurs, il est recommandé de :
- Identifier en début d’année les 6 jours fériés garantis applicables dans l’établissement ;
- Vérifier l’ancienneté de chaque salarié pour connaître ses droits ;
- Intégrer les jours fériés et les repos compensateurs dans le planning ;
- Suivre les compteurs de jours fériés dans le logiciel de paie ou de planning.
La convention collective HCR prévoit des règles précises mais leur application peut vite devenir complexe quand l’équipe est importante et que les contrats sont variés. Pour approfondir le cadre conventionnel, consultez notre article sur la convention collective HCR.
En résumé, les jours fériés en restauration obéissent à un régime spécifique prévu par la convention collective HCR. Le 1er Mai est payé double s’il est travaillé. Les salariés ayant au moins un an d’ancienneté bénéficient de 6 jours fériés garantis, portés à 10 après deux ans. Chaque jour férié garanti travaillé ouvre droit à un repos compensateur. En maîtrisant ces règles et en les anticipant dans le planning, le restaurateur sécurise sa gestion et préserve un climat social serein au sein de son équipe.
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